Dirigeant de société, découvrez la durée du séquestre du prix de vente d’un fonds de commerce, les délais légaux (opposition, solidarité fiscale), les risques, et les bonnes pratiques pour récupérer votre argent en toute sécurité.

Lors d’une vente de fonds de commerce, le prix n’est presque jamais versé immédiatement au vendeur. Il est généralement bloqué sur un compte séquestre pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, afin de protéger l’acquéreur et les créanciers.
Pour un dirigeant de PME, comprendre la durée de séquestre, les délais d’opposition, la solidarité fiscale, le rôle du séquestre (avocat, notaire, banque) et les conditions de récupération des fonds est crucial pour anticiper sa trésorerie et sécuriser l’opération.
La vente d’un fonds de commerce porte sur un ensemble d’éléments incorporels (clientèle, enseigne, droit au bail, nom commercial, licences, etc.) et corporels (matériels, outillage, parfois stock, selon les stipulations), cédés à un acquéreur dans le cadre d’un acte de cession de fonds de commerce.
Cet acte de cession de fonds de commerce doit respecter un formalisme précis (mentions obligatoires, publicités, enregistrement, formalités fiscales et sociales), sous peine de risques de nullité, de litiges ou de mise en jeu de la responsabilité des parties.
L’un des points pratiques centraux de cet acte est la modalité de paiement du prix : paiement comptant, paiement échelonné, garantie de passif, clause de séquestre, etc.
Le séquestre est la situation dans laquelle une somme (le prix de cession) ou parfois des documents est confiée à un tiers, neutre et désintéressé, chargé de conserver les fonds pendant un certain temps et de les libérer selon des conditions déterminées.
Dans une cession de fonds de commerce, il s’agit le plus souvent :
Ce tiers est appelé séquestre conventionnel du prix de vente du fonds de commerce. Il doit conserver les sommes, gérer les éventuelles oppositions, puis répartir et verser les fonds séquestrés aux personnes qui y ont droit.
Le prix de vente d’un fonds de commerce est séquestré pour plusieurs raisons essentielles :
Autrement dit, le séquestre sert à s’assurer que le prix ne sera pas encaissé par le vendeur et « dissipé » avant que les créanciers aient pu se manifester et que la situation fiscale soit régularisée.
Il n’existe pas un seul délai légal de séquestre, mais plusieurs délais qui s’articulent :
En pratique, pour une cession classique, les praticiens constatent souvent :
Pour un dirigeant, il est donc prudent de considérer que l’argent de la vente de fonds de commerce ne sera réellement disponible qu’au bout de plusieurs mois, sauf dispositif contractuel très spécifique.
Sur le plan pratique, de nombreux auteurs et praticiens retiennent une référence fréquemment citée :
Ce chiffre n’est pas un absolu mathématique, mais un ordre de grandeur utile à expliquer au cédant et à l’acquéreur afin qu’ils n’anticipent pas un versement immédiat.
Dans certains cas, avec un vendeur parfaitement à jour de ses obligations et une administration fiscale réactive, le séquestre peut être réduit, mais il est rare qu’il soit inférieur à 2 ou 3 mois.
Le délai d’opposition des créanciers fait partie des points clés pour comprendre la durée de séquestre :
Ce délai de 10 jours est donc un socle minimal : avant son expiration, aucune libération de fonds ne devrait intervenir. En pratique, il se cumule avec le délai de solidarité fiscale, d’où le blocage de plusieurs mois.
En matière de vente de fonds de commerce, l’acquéreur peut être solidairement responsable avec le vendeur du paiement de certains impôts (notamment l’impôt sur les bénéfices réalisés avant la cession).
Les textes prévoient un délai de solidarité fiscale de l’ordre de 90 jours, qui commence à courir à compter de la déclaration des bénéfices afférents au fonds cédé (ou des formalités de publication de la cession, selon les régimes applicables).
Pendant ce délai :
Le quitus fiscal (ou attestation de l’administration indiquant qu’aucune somme n’est due, ou que la situation est régularisée) joue un rôle central pour raccourcir, autant que possible, la durée de séquestre.
Concrètement, le vendeur doit :
Plus le vendeur est rigoureux et anticipateur, plus il est facile pour le séquestre et l’acquéreur de libérer tout ou partie des fonds avant l’expiration de la durée maximale théorique.
Il n’existe pas, à ce jour, de texte imposant dans tous les cas un séquestre obligatoire du prix de vente d’un fonds de commerce.
En revanche :
rend, en pratique, le séquestre quasi incontournable pour toute cession sérieuse.
De nombreux praticiens considèrent qu’il serait extrêmement imprudent de verser directement tout le prix au vendeur sans séquestre, sauf hypothèse très particulière, parfaitement sécurisée sur le plan fiscal, social et financier.
Le prix de vente est généralement versé sur un compte séquestre ouvert par le séquestre (avocat, notaire, etc.).
Pour approfondir le fonctionnement global du mécanisme, vous pouvez utilement vous reporter à l’article :
https://www.victorisavocat.com/en/blog/le-compte-sequestre-guide-complet-du-mecanisme-juridique-et-pratique
La récupération de l’argent sur le compte séquestre suit plusieurs étapes :
En fonction du nombre d’oppositions, du sérieux de la comptabilité, de la réactivité de l’administration, la récupération peut être plus ou moins rapide.
Pour un vendeur, il est utile de distinguer :
Ainsi, même si certains textes évoquent 105 jours ou 90 jours, il est raisonnable de considérer que la récupération de l’argent de la vente de fonds de commerce interviendra en pratique entre 3 et 5 mois après l’acte, sauf cas très simple et parfaitement préparé.
Voici un calendrier type (indicatif) pour illustrer la durée de séquestre du prix de vente d’un fonds de commerce.
Ce tableau est volontairement schématique, mais il permet de visualiser que la durée de séquestre dépasse largement le seul délai de 10 jours d’opposition.
Dans un acte de cession de fonds de commerce, on trouve fréquemment une clause décrivant :
Exemple de formulation de style (à adapter) :
« Le prix de cession, d’un montant de […] euros, sera versé par l’Acquéreur entre les mains de Maître […], Avocat au Barreau de […], désigné en qualité de séquestre amiable, sur le compte séquestre ouvert à cet effet. Le séquestre conservera les fonds jusqu’à l’expiration des délais d’opposition et de solidarité fiscale, ainsi que jusqu’à réception des attestations et justificatifs lui permettant de procéder à la répartition desdits fonds entre le Vendeur et les créanciers éventuellement opposants. Le séquestre procédera ensuite au paiement des créanciers dûment fondés en leurs droits, puis au versement du solde au Vendeur. »
Pour concilier les besoins de trésorerie du vendeur et la protection de l’acquéreur, certains actes prévoient la possibilité, dans des cas bien encadrés, de libérer une partie du prix (par exemple 30% ou 50%) avant la fin de tous les délais, sous conditions strictes (attestation d’un expert-comptable, absence d’opposition, garanties complémentaires, etc.).
Ces mécanismes doivent être maniés avec prudence et négociés au cas par cas, car ils peuvent exposer l’acquéreur et le séquestre si des dettes ultérieures apparaissent.
Le délai de séquestre pour la vente d’un fonds de commerce est en pratique d’environ 105 jours à compter de l’acte de cession, sous réserve des délais d’opposition (10 jours) et de solidarité fiscale (90 jours) et du temps de traitement par le séquestre.
Dans certaines situations simples et bien préparées, il peut être légèrement réduit ; dans des cas complexes, il peut atteindre 5 à 5,5 mois.
Il n’existe pas un délai unique applicable à tous les séquestres, mais un ensemble de délais légaux qui encadrent la durée minimale de blocage :
Le séquestre doit tenir compte de ces délais et des circonstances du dossier pour décider de la date de libération des fonds.
Les créanciers du vendeur disposent d’un délai de 10 jours pour faire opposition au paiement du prix de vente du fonds de commerce, à compter de la dernière publication (journal d’annonces légales ou BODACC, selon les textes).
Pendant ce délai, l’acquéreur et le séquestre ne doivent pas remettre le prix au vendeur, au risque de faire échec au droit d’opposition des créanciers.
Le séquestre n’est pas juridiquement obligatoire dans tous les cas, mais il est fortement recommandé dans la quasi-totalité des cessions de fonds de commerce.
Il protège l’acquéreur contre la solidarité fiscale et les oppositions, et assure aux créanciers que le prix ne sera pas dissipé avant qu’ils aient pu faire valoir leurs droits.
Un séquestre peut, en théorie, être limité au temps strictement nécessaire pour purger les délais légaux et traiter les oppositions.
En pratique, pour une vente de fonds de commerce, il dure souvent entre 3 et 5 mois, sauf particularités, ce qui doit être anticipé dans la négociation et dans votre plan de trésorerie.
Pour récupérer l’argent sur le compte séquestre, il faut :
Le vendeur doit être proactif (comptes à jour, déclarations déposées, réponses rapides aux demandes de pièces).
La récupération de l’argent de la vente d’un fonds de commerce se fait auprès du séquestre, qui :
Il est donc essentiel, pour le vendeur, d’échanger régulièrement avec son avocat séquestre pour suivre l’avancement et éviter les blocages inutiles.
Un compte séquestre particulier est un compte bancaire spécial dédié à la réception et la conservation temporaire de fonds dans le cadre d’un séquestre (par exemple, prix de vente d’un fonds de commerce).
Ce compte doit être distinct des comptes personnels ou d’exploitation du séquestre pour garantir l’isolement des fonds et éviter toute confusion de patrimoines.
Le quitus fiscal rassure l’acquéreur et le séquestre sur le fait que l’administration ne réclamera pas de sommes supplémentaires au titre de l’exploitation passée.
Il permet, dans certains cas, d’accélérer la libération des fonds séquestrés, en tout ou partie, avant l’expiration de tous les délais théoriques.
L’expression fonds séquestrés désigne les sommes issues du prix de vente d’un fonds de commerce qui sont immobilisées sur un compte séquestre pendant une durée déterminée.
Ces fonds ne peuvent pas être utilisés par le vendeur tant que le séquestre n’a pas reçu l’autorisation ou les justificatifs nécessaires pour les libérer.
Le transfert de fonds de commerce ne se limite pas à la signature de l’acte :
Le séquestre est donc un maillon central entre le transfert juridique et la mise à disposition effective du prix.
La durée de séquestre, les délais d’opposition, la solidarité fiscale, les mécanismes de compte séquestre et de répartition des fonds relèvent d’une matière fortement réglementée, à l’interface du droit commercial, du droit fiscal et du droit bancaire.
Un montage mal sécurisé peut exposer l’acquéreur à des appels en paiement imprévus, priver le vendeur d’une partie de son prix, ou engager la responsabilité des intervenants. Il est donc essentiel de vous faire accompagner par un avocat intervenant régulièrement en cessions de fonds de commerce, capable d’anticiper les risques, de négocier les clauses de séquestre adaptées et de vous guider pas à pas dans la récupération du prix.
Article rédigé par Guillaume Leclerc, avocat en contrats commerciaux et contentieux commerciaux à Paris.