Licenciement des cadres : procédure, indemnités, préavis, cadre dirigeant, licenciement économique. Guide complet rédigé par un avocat d'affaires à Paris. Tout ce que dirigeants et cadres doivent savoir pour anticiper et sécuriser une séparation professionnelle.
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Le licenciement d'un cadre n'est jamais un acte anodin. Qu'il s'agisse d'un cadre intermédiaire, d'un cadre supérieur ou d'un cadre dirigeant, la rupture du contrat de travail dans cette catégorie de salariés soulève des questions juridiques, financières et stratégiques que ni l'employeur ni le salarié ne peuvent se permettre de négliger.
En France, les cadres représentent environ 20 % de la population salariée, mais leur poids dans le contentieux prud'homal est disproportionné : les enjeux financiers en cause, la complexité des rémunérations variables, l'existence fréquente de clauses contractuelles spécifiques (non-concurrence, golden parachute, stock-options) rendent chaque situation unique.
Que vous soyez dirigeant souhaitant mettre fin au contrat d'un collaborateur clé, ou cadre confronté à l'annonce de votre propre licenciement, ce guide a vocation à vous fournir une vision complète des règles applicables, des écueils à éviter et des leviers à actionner. Vous y trouverez des exemples concrets, des tableaux de synthèse et des réponses aux questions les plus fréquemment posées sur le sujet.
Avant d'examiner les règles du licenciement, il est indispensable de comprendre les différentes catégories de cadres reconnues par le droit français. Cette distinction n'est pas purement théorique : elle conditionne directement le régime juridique applicable en cas de rupture du contrat.
Le statut de cadre n'est pas défini par le Code du travail de manière autonome. Il résulte principalement de la convention collective applicable et de la classification professionnelle retenue par l'entreprise. Un salarié est considéré comme cadre lorsqu'il exerce des fonctions impliquant un niveau de responsabilité, d'autonomie et de qualification supérieur à celui des employés et agents de maîtrise.
Exemple concret : Un directeur marketing dans une entreprise de cosmétiques, classé au coefficient 170 de la convention Syntec, est un cadre. Il bénéficie d'un forfait jours, d'un préavis de 3 mois et d'une indemnité de licenciement calculée selon les barèmes conventionnels propres aux ingénieurs et cadres.
En matière de licenciement, le cadre « classique » relève du droit commun du licenciement : l'employeur doit justifier d'une cause réelle et sérieuse, respecter la procédure légale (entretien préalable, notification par lettre recommandée, respect du préavis) et verser les indemnités dues.
Le cadre dirigeant occupe une place singulière dans le droit du travail français. Sa définition est fixée par l'article L. 3111-2 du Code du travail, qui pose trois critères cumulatifs :
À ces trois critères légaux, la Cour de cassation a ajouté une condition supplémentaire : le cadre dirigeant doit participer effectivement à la direction de l'entreprise. Ce critère jurisprudentiel est déterminant. Un salarié dont le contrat mentionne la qualité de cadre dirigeant, mais qui, dans les faits, reçoit des directives précises et rend des comptes fréquents à sa hiérarchie, pourra contester cette qualification devant le conseil de prud'hommes.
Exemple concret : Un directeur des ressources humaines qui doit systématiquement soumettre ses décisions au directeur général et qui ne peut pas signer les lettres de licenciement sans validation préalable ne remplit pas les critères du cadre dirigeant, quand bien même son contrat le qualifierait ainsi. La Cour de cassation a précisé ce point dans un arrêt du 15 mars 2023.
Le statut de cadre dirigeant présente des spécificités qui peuvent être perçues comme des avantages ou des inconvénients selon la perspective adoptée.
Du côté des avantages : le cadre dirigeant jouit d'une totale liberté dans l'organisation de son temps de travail. Il n'est soumis ni à la durée légale du travail, ni aux règles relatives aux heures supplémentaires, aux repos quotidien et hebdomadaire, aux jours fériés ou aux astreintes. Son niveau de rémunération est généralement très élevé et peut inclure des composantes variables substantielles (bonus, stock-options, actions gratuites).
Du côté des inconvénients : cette liberté a un prix. Le cadre dirigeant ne peut réclamer aucune heure supplémentaire, aucun repos compensateur, aucune indemnité d'astreinte. En cas de charge de travail excessive, il ne bénéficie pas des protections offertes par la réglementation sur le temps de travail. Par ailleurs, en cas de contestation de son statut, les conséquences financières pour l'employeur peuvent être considérables (rappels de salaire sur trois ans au titre des heures supplémentaires).
Il n'existe pas de salaire minimum légal spécifique au cadre dirigeant. Le Code du travail exige simplement que sa rémunération se situe parmi les plus élevées de l'entreprise. En pratique, la rémunération d'un cadre dirigeant se situe fréquemment au-delà de 100 000 euros annuels bruts, mais ce montant varie considérablement selon la taille de l'entreprise, le secteur d'activité et la convention collective applicable.
L'appréciation se fait au cas par cas, en comparaison avec les rémunérations effectivement pratiquées dans l'entreprise ou l'établissement concerné. Un cadre percevant 70 000 euros bruts annuels dans une PME de 30 salariés où le salaire moyen est de 35 000 euros pourra être qualifié de cadre dirigeant si les autres critères sont remplis.
Le licenciement d'un cadre obéit aux mêmes règles procédurales que celui de tout salarié, avec quelques particularités liées au statut. Voici les étapes à respecter scrupuleusement.
L'employeur doit adresser au cadre une lettre de convocation à un entretien préalable, envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre contre décharge. Cette lettre doit mentionner l'objet de l'entretien (sans nécessairement détailler les griefs), la date, l'heure et le lieu de l'entretien, ainsi que la possibilité pour le salarié de se faire assister par un collègue ou, en l'absence de représentants du personnel, par un conseiller extérieur inscrit sur la liste préfectorale.
Un délai minimum de 5 jours ouvrables doit séparer la réception de la convocation et la tenue de l'entretien. Ce délai est d'ordre public et son non-respect constitue une irrégularité de procédure susceptible d'ouvrir droit à indemnisation.
L'entretien préalable est un moment d'échange au cours duquel l'employeur expose les motifs de la décision envisagée et recueille les explications du salarié. Il ne s'agit pas d'une simple formalité : l'employeur doit véritablement écouter les arguments du cadre avant d'arrêter sa décision.
Conseil pratique pour le dirigeant : Préparez soigneusement cet entretien. Rassemblez les éléments factuels qui fondent le motif de licenciement (insuffisance de résultats, faute disciplinaire, réorganisation). Évitez les formulations vagues ou subjectives qui fragiliseraient ultérieurement la lettre de licenciement.
Conseil pratique pour le cadre : Ne vous présentez pas seul. Faites-vous assister par un représentant du personnel ou un conseiller. Prenez des notes détaillées. Cet entretien est votre première opportunité d'exposer votre version des faits.
Après l'entretien, l'employeur doit respecter un délai de réflexion avant d'envoyer la lettre de licenciement :
La lettre de licenciement doit énoncer avec précision le ou les motifs de la rupture. Elle fixe les limites du litige : en cas de contentieux, le juge ne pourra examiner que les motifs mentionnés dans cette lettre. Une lettre insuffisamment motivée expose l'employeur à une requalification du licenciement en licenciement sans cause réelle et sérieuse.
La durée du préavis de licenciement d'un cadre est déterminée par la convention collective applicable, le contrat de travail ou, à défaut, par les usages en vigueur dans la profession. En règle générale, la durée du préavis pour un cadre est de 3 mois.
Pendant le préavis, le cadre continue de percevoir sa rémunération et de travailler normalement. La plupart des conventions collectives prévoient un droit d'absence pour recherche d'emploi : par exemple, la convention Syntec accorde 6 jours ouvrés par mois d'absence rémunérée pour recherche d'emploi en cas de licenciement.
Pour le cadre dirigeant, le préavis de licenciement est souvent plus long que celui du cadre classique. Il peut atteindre 6 mois, voire davantage, selon les stipulations contractuelles ou conventionnelles.
L'ancienne convention collective des ingénieurs et cadres de la métallurgie prévoyait, par exemple, un préavis de 6 mois pour les cadres âgés de 55 ans et plus. La nouvelle convention collective nationale de la métallurgie (IDCC 3248), entrée en vigueur le 1er janvier 2024, a revu certaines de ces dispositions tout en maintenant des mesures transitoires de protection.
L'employeur peut dispenser le cadre d'exécuter son préavis. Dans ce cas, il doit lui verser une indemnité compensatrice de préavis égale à la rémunération brute qu'il aurait perçue s'il avait travaillé jusqu'au terme du préavis, indemnité de congés payés comprise.
Exemple concret : Un directeur commercial percevant un salaire brut de 8 000 euros par mois, dispensé d'un préavis de 3 mois, recevra une indemnité compensatrice de préavis de 24 000 euros bruts, à laquelle s'ajoute l'indemnité compensatrice de congés payés afférente (2 400 euros bruts).
L'indemnité légale de licenciement est identique pour tous les salariés, cadres ou non cadres. Le Code du travail ne fait aucune distinction. Son montant ne peut être inférieur à :
Le salaire de référence retenu est le plus favorable entre la moyenne des 12 derniers mois et la moyenne des 3 derniers mois précédant la notification du licenciement (dans ce second cas, les primes et gratifications annuelles sont prises en compte au prorata).
Exemple concret : Un cadre ayant 15 ans d'ancienneté et un salaire de référence de 6 000 euros bruts percevra une indemnité légale de : (6 000 × 1/4 × 10) + (6 000 × 1/3 × 5) = 15 000 + 10 000 = 25 000 euros bruts.
De nombreuses conventions collectives prévoient des indemnités de licenciement plus avantageuses que le minimum légal, notamment pour les cadres. L'employeur doit toujours comparer le montant de l'indemnité légale et celui de l'indemnité conventionnelle, et verser le montant le plus élevé (les deux ne se cumulent pas).
Voici un tableau comparatif des principales conventions collectives :
La convention collective de la métallurgie mérite une attention particulière en raison de sa complexité. Depuis l'entrée en vigueur de la nouvelle convention nationale (IDCC 3248), le calcul de l'indemnité de licenciement pour les cadres (classés aux groupes d'emploi F à I) obéit à une formule spécifique tenant compte de l'ancienneté et de l'âge du salarié.
L'indemnité conventionnelle peut être majorée (pour les salariés âgés de 55 à 59 ans) ou minorée (pour les salariés de 60 ans et plus), dans les deux cas dans la limite d'un plafond de 18 mois de salaire. Le montant le plus favorable entre l'indemnité conventionnelle et l'indemnité légale s'applique.
Exemple concret : Un ingénieur cadre dans la métallurgie, âgé de 50 ans, avec 12 ans d'ancienneté et un salaire de référence de 5 200 euros bruts mensuels, verra son indemnité conventionnelle calculée selon la formule progressive de la convention. Si le résultat est de 18 720 euros, et que l'indemnité légale s'élève à 19 067 euros, c'est l'indemnité légale — plus favorable — qui lui sera versée.
Au-delà des indemnités légales et conventionnelles, le contrat de travail du cadre peut prévoir des indemnités contractuelles de rupture bien supérieures. C'est le cas notamment de la fameuse clause dite de « parachute doré » (golden parachute), fréquemment négociée par les cadres dirigeants lors de leur embauche.
Cette clause prévoit le versement d'une indemnité spécifique en cas de licenciement (hors faute grave ou lourde, sauf stipulation contraire), souvent calculée en nombre de mois de rémunération globale. Elle peut porter sur des montants très significatifs : 6, 12, 18 mois de salaire, voire davantage dans les grandes entreprises cotées, sous réserve du respect des règles de gouvernance (approbation par l'assemblée générale en application du Code de commerce pour les sociétés anonymes).
Attention : l'existence d'une clause parachute ne dispense pas l'employeur de respecter la procédure de licenciement. Et le cadre dirigeant peut parfaitement cumuler le bénéfice de cette clause contractuelle avec l'indemnité légale ou conventionnelle de licenciement et, le cas échéant, avec des dommages et intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse.
L'insuffisance professionnelle est l'un des motifs les plus fréquemment invoqués pour licencier un cadre. Elle se distingue de la faute en ce qu'elle ne suppose aucune intention de nuire ni même de négligence volontaire. Il s'agit de l'incapacité du salarié à remplir les fonctions qui lui sont confiées au regard de sa qualification, de son expérience et des moyens mis à sa disposition.
Pour un cadre commercial, cela peut se traduire par une insuffisance de résultats : des objectifs non atteints sur plusieurs exercices consécutifs. Mais l'employeur doit être en mesure de démontrer que ces objectifs étaient réalistes, atteignables, communiqués au salarié et que ce dernier disposait des moyens nécessaires pour les atteindre.
Exemple concret : Un directeur commercial dont le chiffre d'affaires baisse de 30 % sur deux années consécutives alors que le marché est stable et que ses collègues atteignent leurs objectifs présente un cas solide d'insuffisance de résultats. En revanche, si la baisse résulte d'une réorganisation interne ayant privé ce directeur de ses meilleurs commerciaux, le motif sera fragile.
Le licenciement pour faute grave prive le cadre de son droit au préavis et à l'indemnité de licenciement (sauf disposition conventionnelle plus favorable). La faute grave est celle qui rend impossible le maintien du salarié dans l'entreprise, même pendant la durée du préavis.
Pour un cadre dirigeant, le seuil d'exigence est souvent plus élevé en raison de ses responsabilités : détournement de fonds, violation grave de l'obligation de loyauté, harcèlement avéré, comportement sexiste ou raciste constituent autant de fautes susceptibles de justifier un licenciement immédiat.
La faute lourde suppose, en outre, l'intention de nuire à l'entreprise. Elle est exceptionnellement retenue et ouvre droit, pour l'employeur, à solliciter des dommages et intérêts auprès du salarié.
Pour le cadre dirigeant, la perte de confiance est un motif fréquemment avancé. Toutefois, la perte de confiance ne constitue pas en elle-même un motif de licenciement. Elle doit reposer sur des éléments objectifs et vérifiables : des décisions stratégiques contestables, une communication déficiente avec les organes de direction, un conflit managérial documenté.
En pratique, la divergence de vue entre le cadre dirigeant et les actionnaires ou le conseil d'administration conduit souvent à privilégier une rupture négociée plutôt qu'un licenciement contentieux. La confidentialité et la préservation de l'image de l'entreprise sont des considérations déterminantes dans ce choix.
Le licenciement économique touche également les cadres, y compris les cadres dirigeants. Il est justifié par des difficultés économiques, des mutations technologiques, une réorganisation nécessaire à la sauvegarde de la compétitivité ou la cessation d'activité de l'entreprise.
La procédure de licenciement économique présente des particularités notables pour les cadres : le délai d'envoi de la lettre de licenciement est de 15 jours ouvrables après l'entretien préalable (contre 7 jours pour les non-cadres) dans le cadre d'un licenciement individuel.
Même lorsqu'il s'agit d'un cadre dirigeant, l'employeur est tenu de respecter son obligation de reclassement avant de procéder au licenciement économique. Il doit rechercher tous les postes disponibles dans l'entreprise et, le cas échéant, dans le groupe auquel elle appartient, en France. Les offres de reclassement doivent être écrites, précises et personnalisées.
En pratique, les possibilités de reclassement d'un cadre dirigeant sont souvent limitées en raison du caractère unique de ses fonctions et de son niveau de rémunération. Mais cette difficulté ne dispense pas l'employeur de procéder à une recherche effective et documentée.
Lorsque l'entreprise compte au moins 50 salariés et envisage de licencier 10 salariés ou plus sur 30 jours pour motif économique, elle doit mettre en place un Plan de Sauvegarde de l'Emploi (PSE). Ce plan comprend des mesures de reclassement interne, de formation, d'aide à la création d'entreprise et d'indemnités supra-légales.
Les cadres sont éligibles aux mesures du PSE dans les mêmes conditions que les autres salariés. Ils peuvent en outre bénéficier d'un congé de reclassement (dans les entreprises de 1 000 salariés et plus) ou d'un contrat de sécurisation professionnelle (CSP) dans les entreprises de moins de 1 000 salariés.
Dans un licenciement économique collectif, l'employeur doit définir des critères d'ordre des licenciements pour déterminer quels salariés seront concernés. Ces critères prennent en compte les charges de famille, l'ancienneté, les difficultés de réinsertion professionnelle (notamment liées à l'âge ou au handicap) et les qualités professionnelles.
Les cadres ne sont pas épargnés par ces critères, mais leur application peut être source de contentieux : un cadre senior de 55 ans, difficilement reclassable en raison de la spécificité de ses fonctions et de son niveau de rémunération, devrait logiquement bénéficier d'un traitement favorable au regard du critère de réinsertion professionnelle.
Pour les cadres qui cumulent un contrat de travail et un mandat social (directeur général, membre du directoire, administrateur), la rupture du contrat comporte une double dimension.
La révocation du mandat social obéit aux règles du droit des sociétés : elle relève de la compétence de l'organe social compétent (assemblée générale, conseil d'administration, conseil de surveillance) et peut, dans certains cas, intervenir ad nutum (à tout moment, sans motif ni préavis) pour les mandataires de SA.
Le licenciement du contrat de travail obéit, quant à lui, aux règles du droit du travail. Les deux procédures sont distinctes et indépendantes : la révocation du mandat social n'emporte pas automatiquement rupture du contrat de travail, et inversement.
Exemple concret : Le directeur général d'une SAS, également titulaire d'un contrat de travail au titre de fonctions techniques distinctes (direction de la R&D, par exemple), peut être révoqué de son mandat social par l'associé unique tout en conservant son contrat de travail. L'employeur devra alors engager une procédure de licenciement distincte s'il souhaite mettre fin au contrat de travail.
Le licenciement du PDG (Président-Directeur Général) d'une société anonyme est en réalité une révocation prononcée par le conseil d'administration. En SA à conseil d'administration, le PDG peut être révoqué à tout moment par le conseil d'administration, sans qu'il soit nécessaire d'invoquer un juste motif. Toutefois, si la révocation intervient dans des circonstances brutales ou vexatoires (absence de débat contradictoire, révocation surprise lors d'un conseil d'administration convoqué sous un prétexte fallacieux), le dirigeant pourra obtenir des dommages et intérêts pour révocation abusive.
Lorsque le dirigeant est par ailleurs titulaire d'un contrat de travail correspondant à des fonctions techniques distinctes et effectives, la rupture de ce contrat relèvera du conseil de prud'hommes et des règles du licenciement. C'est pourquoi il est essentiel de distinguer clairement, dès l'embauche, les fonctions relevant du mandat social et celles relevant du contrat de travail.
La rupture conventionnelle est un mode de rupture amiable du contrat de travail à durée indéterminée. Elle est ouverte à tous les salariés, y compris les cadres et cadres dirigeants. Elle présente l'avantage de la simplicité et de la sécurité juridique, sous réserve de l'homologation par la DREETS.
Toutefois, pour les cadres dirigeants, la rupture conventionnelle est rarement utilisée en pratique pour deux raisons principales. D'abord, la confidentialité : la rupture conventionnelle fait l'objet d'une déclaration administrative et ne peut être assortie d'une clause de confidentialité aussi stricte qu'une transaction. Ensuite, la fiscalité : le forfait social de 20 % applicable à l'indemnité de rupture conventionnelle pèse sur l'employeur, qui préfère souvent recourir au protocole transactionnel.
La transaction (articles 2044 et suivants du Code civil) est le mode de rupture privilégié pour les cadres dirigeants. Elle permet de fixer librement le montant de l'indemnité de départ, de prévoir des engagements réciproques (obligation de non-dénigrement, communication interne et externe, restitution de matériel, sort des stock-options et actions gratuites) et de garantir la confidentialité des termes de l'accord.
La transaction suppose l'existence d'un différend réel entre les parties et doit comporter des concessions réciproques. Elle ne peut intervenir qu'après la notification du licenciement : une transaction signée avant la réception de la lettre de licenciement est nulle.
Points stratégiques de la négociation pour le cadre :
La question de l'astreinte du cadre dirigeant est un sujet récurrent. Par principe, le cadre dirigeant, exclu de la réglementation sur la durée du travail, ne bénéficie pas du régime des astreintes prévu par le Code du travail (articles L. 3121-9 et suivants). Il ne peut donc prétendre ni à la compensation financière ni au repos compensateur liés aux astreintes.
Toutefois, cette exclusion a des limites. L'employeur reste tenu de son obligation de sécurité envers le cadre dirigeant. Une charge de travail manifestement déraisonnable, des sollicitations permanentes sans aucun temps de repos, peuvent engager la responsabilité de l'employeur au titre du manquement à l'obligation de préserver la santé du salarié.
Exemple concret : Un directeur d'exploitation d'un groupe hôtelier, qualifié de cadre dirigeant, sollicité 7 jours sur 7 et contraint d'intervenir à toute heure sans possibilité de délégation, pourra invoquer un manquement de l'employeur à son obligation de sécurité, même s'il ne peut pas réclamer le paiement d'astreintes au sens strict du Code du travail.
Par ailleurs, si le salarié parvient à démontrer qu'il ne remplit pas les critères du cadre dirigeant (et qu'il est en réalité un cadre soumis au forfait jours, par exemple), il pourra alors prétendre à l'indemnisation de ses astreintes et au paiement de ses heures supplémentaires sur les trois dernières années.
En pratique, le barème Macron a profondément modifié la stratégie contentieuse des cadres. Pour un cadre à forte rémunération avec une ancienneté modérée, le plafonnement des indemnités prud'homales peut rendre le contentieux moins attractif qu'une négociation amiable bien menée. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le barème Macron sert fréquemment de référence dans les négociations transactionnelles, même en dehors de tout contentieux.
Le licenciement d'un cadre, a fortiori d'un cadre dirigeant, est une matière éminemment technique et réglementée. Les enjeux financiers sont significatifs, les risques de contentieux réels, et les implications fiscales et sociales des indemnités de rupture particulièrement complexes.
Que vous soyez employeur ou salarié, les conseils d'un avocat spécialisé en droit du travail sont essentiels pour :
Chaque situation est unique. L'intervention d'un avocat en amont permet d'identifier les points de force et de vulnérabilité, de définir une stratégie adaptée et de conduire la procédure avec la rigueur qu'impose cette matière.
Le licenciement d'un salarié cadre suit la procédure de droit commun : convocation à un entretien préalable (avec un délai de 5 jours ouvrables minimum), tenue de l'entretien (au cours duquel le cadre peut être assisté), notification du licenciement par lettre recommandée avec accusé de réception après un délai de réflexion de 2 jours ouvrables minimum, et respect du préavis (généralement 3 mois pour un cadre). L'employeur doit justifier d'une cause réelle et sérieuse et verser l'indemnité de licenciement la plus favorable entre l'indemnité légale, conventionnelle et contractuelle.
Les motifs de licenciement des cadres sont variés : insuffisance professionnelle ou de résultats, faute disciplinaire (manquement à l'obligation de loyauté, violation du devoir de confidentialité, harcèlement), motif économique (restructuration, suppression de poste, difficultés financières de l'entreprise), inaptitude constatée par le médecin du travail, ou encore divergence stratégique avec la direction. Pour les cadres dirigeants, la perte de confiance fondée sur des éléments objectifs peut également justifier la rupture.
L'indemnité légale de licenciement pour un cadre est identique à celle de tout salarié : 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté pour les 10 premières années, puis 1/3 de mois au-delà. Toutefois, la convention collective peut prévoir des montants plus avantageux. À cette indemnité légale ou conventionnelle peuvent s'ajouter des indemnités contractuelles (clause parachute), une indemnité compensatrice de préavis et, le cas échéant, une indemnité transactionnelle négociée dans le cadre d'un protocole de départ.
Le licenciement d'un cadre supérieur obéit aux mêmes règles que celui d'un cadre classique, mais les enjeux sont plus élevés. Il est recommandé de documenter précisément les motifs (avec des éléments factuels, datés et vérifiables), de sécuriser la lettre de licenciement en la faisant rédiger ou relire par un avocat, et d'anticiper la négociation d'un éventuel départ transactionnel. La clause de non-concurrence, les éléments de rémunération variable et les avantages en nature doivent être traités avec une attention particulière.
Le préavis de licenciement d'un cadre dirigeant est généralement de 3 à 6 mois, selon la convention collective et les stipulations du contrat de travail. Certaines conventions prévoient un allongement du préavis en fonction de l'âge (par exemple, un mois supplémentaire pour les salariés de 40 à 50 ans, deux mois supplémentaires pour les 50 à 60 ans). L'employeur peut dispenser le cadre dirigeant de l'exécution de son préavis, moyennant le versement d'une indemnité compensatrice.
Le licenciement économique d'un cadre dirigeant suit les mêmes principes que pour tout salarié : il doit être justifié par des difficultés économiques caractérisées, des mutations technologiques, une réorganisation nécessaire à la compétitivité ou la cessation d'activité. L'employeur doit respecter son obligation de reclassement et, dans les entreprises de 50 salariés et plus licenciant 10 salariés ou plus, mettre en place un PSE. Le cadre dirigeant bénéficie d'un délai de réflexion de 15 jours ouvrables entre l'entretien préalable et l'envoi de la lettre de licenciement.
L'indemnité de licenciement dans la convention collective de la publicité (IDCC 86) varie selon l'ancienneté et la catégorie professionnelle du salarié. Il convient de se reporter au texte conventionnel en vigueur pour déterminer la formule exacte applicable et de la comparer avec l'indemnité légale. Le calcul doit toujours intégrer l'ensemble des éléments de rémunération contractuels (fixe, variable, primes). En cas de doute, le recours à un avocat ou à un simulateur conventionnel est vivement recommandé.
Le cadre dirigeant n'est pas soumis aux règles relatives aux astreintes prévues par le Code du travail. Il ne peut donc pas prétendre à la compensation financière ni au repos compensateur liés aux astreintes. Toutefois, l'employeur reste tenu de son obligation de sécurité : une sollicitation permanente et déraisonnable peut engager sa responsabilité. Si le salarié estime ne pas remplir les conditions du statut de cadre dirigeant, il peut en demander la requalification devant le conseil de prud'hommes et réclamer le paiement des astreintes et heures supplémentaires sur les trois dernières années.
Le simulateur de calcul d'indemnité de licenciement disponible sur le site du Code du travail numérique (code.travail.gouv.fr) permet d'obtenir une estimation tenant compte de la convention collective applicable. Pour la convention de la métallurgie, il faut renseigner la date d'entrée, la date de sortie, la date de notification du licenciement et les derniers salaires. Le simulateur compare automatiquement l'indemnité légale et l'indemnité conventionnelle et retient la plus favorable. Il est toutefois recommandé de faire vérifier le calcul par un professionnel du droit pour s'assurer de la prise en compte de l'ensemble des éléments de rémunération.
Article rédigé par Guillaume Leclerc, avocat à Paris, 34 Avenue des Champs-Elysées