24/3/26

Loyers impayés bail d'habitation : procédure complète de recouvrement

Loyers impayés en bail d'habitation : procédure complète de recouvrement, du commandement de payer à l'expulsion. Délais, clause résolutoire, garanties GLI et Visale. Avocat Paris.

Les loyers impayés constituent le cauchemar de tout bailleur. Que vous soyez propriétaire d'un appartement loué à un particulier ou investisseur immobilier gérant un patrimoine locatif, le non-paiement du loyer par votre locataire peut rapidement devenir une source de difficultés financières majeures. La procédure de recouvrement des loyers impayés en matière de bail d'habitation obéit à un cadre juridique strict, largement protecteur du locataire, qu'il est essentiel de maîtriser pour agir efficacement.

En tant qu'avocat d'affaires, j'accompagne régulièrement des bailleurs dans le recouvrement de leurs créances locatives et dans les procédures de résiliation de bail pour impayés. Cet article vous propose un guide complet et actualisé sur les différentes étapes de la procédure, du premier impayé jusqu'à l'expulsion, en passant par le commandement de payer, la clause résolutoire et les délais accordés par le juge.

Les premiers réflexes face à un loyer impayé

La relance amiable : une étape indispensable

Dès le premier impayé, il est recommandé d'agir rapidement. La première étape est la relance amiable : un courrier simple adressé au locataire pour lui rappeler son obligation de paiement et l'inviter à régulariser sa situation. Cette relance peut être doublée d'un appel téléphonique ou d'un courriel. Si le locataire traverse des difficultés financières temporaires, un dialogue constructif peut permettre de trouver une solution (échelonnement de la dette, orientation vers les aides sociales).

Si la relance simple reste sans effet, il convient d'adresser une lettre de mise en demeure par courrier recommandé avec accusé de réception. Cette mise en demeure doit rappeler précisément les sommes dues (loyers, charges, pénalités éventuelles), la période concernée, et accorder un délai raisonnable pour le paiement (généralement 8 à 15 jours). La mise en demeure n'est pas une obligation légale préalable à l'engagement de la procédure judiciaire, mais elle constitue un élément de preuve de la bonne foi du bailleur et peut accélérer le traitement du dossier.

À ce stade, le bailleur doit également vérifier s'il bénéficie d'une garantie des loyers impayés (GLI) ou d'une caution solidaire. Si une assurance GLI a été souscrite, la déclaration de sinistre doit être effectuée dans les délais contractuels (généralement dans les 30 jours suivant le premier impayé). Si un garant (caution solidaire) a été désigné dans le bail, le bailleur peut le mettre en demeure simultanément pour le paiement des sommes dues.

La saisine de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions (CCAPEX)

Depuis la loi ALUR du 24 mars 2014, le bailleur personne morale (organisme HLM, SCI, etc.) a l'obligation de signaler les impayés de loyer à la CCAPEX lorsque la dette locative atteint un seuil défini par le département. Pour les bailleurs personnes physiques, ce signalement est facultatif mais recommandé. La CCAPEX a pour mission de coordonner les dispositifs de prévention des expulsions et peut orienter le locataire vers des aides (FSL, Action Logement, aides sociales) susceptibles de résoudre la situation d'impayé.

Le commandement de payer visant la clause résolutoire

Définition et contenu du commandement de payer

Le commandement de payer visant la clause résolutoire est l'acte fondamental de la procédure de recouvrement des loyers impayés en matière de bail d'habitation. Il s'agit d'un acte d'huissier de justice (désormais commissaire de justice) par lequel le bailleur met en demeure le locataire de payer les loyers et charges impayés dans un délai de six semaines, sous peine de résiliation automatique du bail en application de la clause résolutoire insérée dans le contrat.

Ce délai de six semaines a été introduit par la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 visant à protéger les logements contre l'occupation illicite, qui a modifié l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989. Auparavant, ce délai était de deux mois. Le commandement doit, à peine de nullité, reproduire l'intégralité de la clause résolutoire et mentionner le délai de six semaines. Il doit également détailler précisément les sommes réclamées : montant des loyers et charges impayés, période concernée, et le cas échéant les intérêts de retard.

Le commandement de payer doit être signifié au locataire par un commissaire de justice. Une copie doit être adressée au représentant de l'État dans le département (préfet) par le commissaire de justice, afin de déclencher la procédure de prévention des expulsions. Si le logement est situé dans une zone où un dispositif de prévention des expulsions a été mis en place, le préfet peut saisir les services sociaux pour proposer un accompagnement au locataire.

Les effets du commandement de payer

Le commandement de payer produit deux effets majeurs. Le premier est de faire courir le délai de six semaines au terme duquel la clause résolutoire sera acquise si le locataire n'a pas intégralement réglé sa dette. Le deuxième est de constituer le point de départ des intérêts moratoires au taux légal sur les sommes impayées. À l'expiration du délai de six semaines, si le locataire n'a pas payé, le bailleur peut saisir le juge des contentieux de la protection pour faire constater l'acquisition de la clause résolutoire et obtenir l'expulsion du locataire.

Il est important de noter que le commandement de payer n'entraîne pas automatiquement la résiliation du bail. Même si le délai de six semaines expire sans paiement, le bailleur doit saisir le tribunal pour faire constater la résiliation. Le juge conserve un pouvoir d'appréciation et peut accorder des délais de paiement au locataire, suspendant ainsi les effets de la clause résolutoire.

ÉtapeDélaiActeCoût indicatif
Relance amiableDès le 1er impayéCourrier simple + LRAR~10 €
Commandement de payerAprès échec de la relanceActe de commissaire de justice150 à 300 €
Délai clause résolutoire6 semaines après commandementAttente
Assignation en justiceAprès expiration du délai de 6 semainesAssignation par commissaire de justice200 à 400 €
Audience et jugement2 à 6 mois après assignationAudience devant le JCPHonoraires avocat
Commandement de quitter les lieuxAprès signification du jugementActe de commissaire de justice150 à 250 €
Expulsion effective2 mois après commandement de quitterConcours de la force publiqueVariable

La procédure judiciaire devant le juge des contentieux de la protection

L'assignation en résiliation du bail

À l'expiration du délai de six semaines du commandement de payer sans régularisation intégrale, le bailleur peut saisir le juge des contentieux de la protection (JCP) du tribunal judiciaire du lieu de situation de l'immeuble. L'assignation est délivrée par un commissaire de justice et doit être notifiée au préfet au moins six semaines avant l'audience. Cette notification au préfet, prévue par l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989, est une formalité substantielle dont le non-respect entraîne l'irrecevabilité de la demande.

L'assignation doit préciser les motifs de la demande (constatation de l'acquisition de la clause résolutoire pour défaut de paiement des loyers), le décompte détaillé des sommes dues et les pièces justificatives (bail, décompte, commandement de payer, relevé des paiements). Le bailleur peut demander au juge de constater la résiliation du bail, de condamner le locataire au paiement des sommes dues, d'ordonner l'expulsion du locataire et de tous occupants de son chef, et de fixer une indemnité d'occupation égale au montant du loyer jusqu'à la libération effective des lieux.

Les pouvoirs du juge : délais de paiement et suspension de la clause résolutoire

Le juge des contentieux de la protection dispose d'un pouvoir souverain d'appréciation qui constitue la principale difficulté pour le bailleur. Même lorsque la clause résolutoire est acquise (le délai de six semaines ayant expiré sans paiement), le juge peut accorder des délais de paiement au locataire et suspendre les effets de la clause résolutoire, en application de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 et de l'article 1343-5 du Code civil.

Le juge peut accorder des délais de paiement pouvant aller jusqu'à trois ans pour permettre au locataire d'apurer sa dette. Pendant la durée de ces délais, les effets de la clause résolutoire sont suspendus : le bail n'est pas résilié et le locataire conserve le droit de se maintenir dans les lieux. Si le locataire respecte l'échéancier fixé par le juge et apure intégralement sa dette, la clause résolutoire est réputée ne pas avoir joué et le bail reprend son cours normal.

Le juge apprécie l'opportunité d'accorder des délais en tenant compte de la situation du locataire (ressources, charges familiales, bonne foi, efforts de paiement) et de la situation du bailleur (qui ne doit pas subir un préjudice disproportionné). La Cour de cassation a jugé que le locataire peut demander des délais de paiement à tout moment de la procédure, y compris après l'expiration du délai de six semaines du commandement de payer (Cass. 3e civ., 17 décembre 2002, n° 01-12.532).

Le jugement : résiliation et expulsion

Si le juge refuse d'accorder des délais de paiement ou si le locataire ne respecte pas l'échéancier fixé, le jugement constate la résiliation du bail, condamne le locataire au paiement des sommes dues et ordonne son expulsion. Le jugement est en principe assorti de l'exécution provisoire de droit, ce qui signifie que l'expulsion peut être poursuivie même en cas d'appel. Le locataire est condamné au paiement d'une indemnité d'occupation (généralement égale au montant du loyer et des charges) pour la période comprise entre la résiliation du bail et la libération effective des lieux.

L'expulsion du locataire

Le commandement de quitter les lieux

Après obtention du jugement d'expulsion et sa signification au locataire, le commissaire de justice délivre un commandement de quitter les lieux qui accorde au locataire un délai de deux mois pour libérer volontairement les lieux (article L. 411-1 du Code des procédures civiles d'exécution). Ce délai peut être réduit ou supprimé par le juge dans des cas exceptionnels (voie de fait, absence de titre). Le locataire peut demander au juge de l'exécution un délai supplémentaire pouvant aller jusqu'à trois ans si son relogement ne peut être assuré dans des conditions normales (article L. 412-3 du Code des procédures civiles d'exécution).

La trêve hivernale

L'article L. 412-6 du Code des procédures civiles d'exécution prévoit une trêve hivernale pendant laquelle aucune expulsion ne peut être exécutée, du 1er novembre au 31 mars de chaque année. Cette trêve s'applique même si le jugement d'expulsion est définitif et si les délais sont expirés. Toutefois, la trêve hivernale ne s'applique pas dans certains cas, notamment lorsque le logement est situé dans un immeuble frappé d'un arrêté de péril ou lorsque l'occupation est le résultat d'une introduction par voie de fait (squat).

La trêve hivernale peut considérablement allonger la durée totale de la procédure. Si un jugement d'expulsion est obtenu en octobre, le bailleur devra attendre le 1er avril pour faire exécuter l'expulsion, soit un délai supplémentaire de cinq mois. Cette réalité doit être intégrée dans la stratégie du bailleur, qui a tout intérêt à engager la procédure le plus tôt possible pour éviter de se retrouver bloqué par la trêve.

Le concours de la force publique

Si le locataire ne quitte pas volontairement les lieux à l'expiration des délais, le commissaire de justice doit solliciter le concours de la force publique auprès du préfet. Le préfet dispose d'un délai de deux mois pour répondre à la demande. En cas de refus du concours de la force publique (souvent motivé par des considérations d'ordre public ou de situation sociale du locataire), le bailleur peut engager la responsabilité de l'État et obtenir une indemnisation du préjudice subi du fait du maintien du locataire dans les lieux (perte de loyers, charges courantes).

Les garanties du bailleur contre les impayés

La garantie des loyers impayés (GLI)

La garantie des loyers impayés est une assurance souscrite par le bailleur qui couvre le risque de non-paiement des loyers par le locataire. Elle prend en charge les loyers impayés, les charges, les frais de procédure (commissaire de justice, avocat), les éventuelles dégradations locatives et les frais de remise en état. La prime d'assurance représente généralement entre 2,5 % et 4 % du loyer annuel charges comprises.

La GLI est souscrite avant l'entrée dans les lieux du locataire et est conditionnée à la vérification de la solvabilité du candidat locataire (revenus supérieurs à trois fois le loyer, stabilité professionnelle). La GLI et la caution solidaire sont en principe incompatibles : le bailleur ne peut pas cumuler les deux garanties pour le même bail, sauf si le locataire est un étudiant ou un apprenti.

La caution solidaire

La caution solidaire (ou cautionnement) est l'engagement d'un tiers (souvent un parent ou un proche du locataire) de payer les loyers en cas de défaillance du locataire. Le cautionnement doit être formalisé par un acte écrit comportant des mentions obligatoires, sous peine de nullité. Le bailleur peut se retourner directement contre la caution dès le premier impayé, sans avoir à poursuivre préalablement le locataire (c'est le principe de la solidarité).

Le cautionnement est limité dans le temps : pour les baux d'habitation soumis à la loi du 6 juillet 1989, le cautionnement à durée indéterminée peut être résilié par la caution à tout moment, avec effet à l'expiration du bail en cours. La caution doit être informée de tout impayé dans le mois suivant sa survenance.

La garantie Visale

Visale est un dispositif de cautionnement gratuit proposé par Action Logement, qui garantit le paiement des loyers impayés pour les locataires de moins de 30 ans (quel que soit leur statut professionnel) et pour les salariés de plus de 30 ans en situation de mobilité professionnelle ou en contrat précaire. La garantie couvre jusqu'à 36 mensualités de loyers et charges impayés. Le bailleur qui bénéficie de Visale ne peut pas exiger de caution solidaire supplémentaire.

Les délais réalistes de la procédure

Estimation de la durée totale

En pratique, la durée totale d'une procédure de recouvrement de loyers impayés en matière de bail d'habitation, du premier impayé à l'expulsion effective, est souvent très longue. Elle varie considérablement selon les juridictions, la complexité du dossier et la coopération (ou l'obstruction) du locataire.

Phase de la procédureDurée estiméeDurée cumulée
Relance amiable + mise en demeure1 à 2 mois1 à 2 mois
Commandement de payer + délai 6 semaines2 mois3 à 4 mois
Assignation + audience + jugement3 à 6 mois6 à 10 mois
Signification + commandement de quitter1 mois7 à 11 mois
Délai de 2 mois pour quitter2 mois9 à 13 mois
Demande de concours force publique2 à 4 mois11 à 17 mois
Trêve hivernale (si applicable)Jusqu'à 5 mois11 à 22 mois

Ainsi, dans le scénario le plus favorable (aucun délai accordé par le juge, pas de trêve hivernale), la procédure dure en moyenne 9 à 13 mois. Dans le scénario le plus défavorable (délais de paiement accordés par le juge, trêve hivernale, refus du concours de la force publique), elle peut s'étendre sur 18 à 36 mois, voire davantage. Ces délais considérables justifient l'importance d'agir rapidement dès le premier impayé et de recourir, en amont, à des mécanismes de prévention (vérification de solvabilité, garantie GLI, caution solidaire).

FAQ : loyers impayés en bail d'habitation

À partir de quand peut-on engager une procédure pour loyers impayés ?

Juridiquement, le bailleur peut engager la procédure dès le premier mois d'impayé. Il n'existe aucune obligation d'attendre plusieurs mois de retard. En pratique, il est recommandé de commencer par une relance amiable puis d'envoyer le commandement de payer rapidement si le locataire ne régularise pas. Plus le bailleur agit tôt, plus il limite le montant de la créance et plus la procédure avance vite.

Le bailleur doit-il obligatoirement passer par un avocat ?

Devant le juge des contentieux de la protection (anciennement juge d'instance), la représentation par avocat n'est pas obligatoire. Toutefois, compte tenu de la complexité de la procédure et des moyens de défense que peut soulever le locataire (vice de forme du commandement, contestation du décompte, demande de délais, exception d'inexécution pour défaut d'entretien), le recours à un avocat est vivement recommandé pour sécuriser la procédure et maximiser les chances d'obtenir un jugement favorable.

Le locataire peut-il contester le commandement de payer ?

Oui. Le locataire peut contester le commandement de payer en invoquant un vice de forme (absence de mention du délai de six semaines, erreur dans le décompte des sommes), un paiement partiel ou total des sommes réclamées, ou une exception d'inexécution (le bailleur ne respecte pas ses propres obligations, par exemple en matière de travaux d'entretien ou de mise aux normes du logement). La contestation du commandement est examinée par le juge lors de l'audience de résiliation.

Que se passe-t-il si le locataire paie pendant la procédure ?

Si le locataire régularise intégralement sa dette (loyers, charges, intérêts, frais de commandement) avant l'expiration du délai de six semaines, la clause résolutoire ne joue pas et le bail se poursuit normalement. Si le locataire paie après l'expiration du délai mais avant l'audience, le juge peut néanmoins constater la bonne volonté du locataire et refuser de prononcer la résiliation. Si le locataire propose un paiement partiel, le juge peut accorder des délais de paiement pour le solde.

La trêve hivernale empêche-t-elle toute action ?

Non. La trêve hivernale empêche uniquement l'exécution matérielle de l'expulsion (l'intervention physique du commissaire de justice et de la force publique pour faire quitter les lieux au locataire). Elle n'empêche pas d'engager la procédure judiciaire, de délivrer un commandement de payer, d'obtenir un jugement de résiliation ou de signifier un commandement de quitter les lieux. Il est donc fortement recommandé de poursuivre les démarches pendant la période hivernale pour être prêt à exécuter l'expulsion dès le 1er avril.

Le bailleur peut-il couper les fluides ou changer les serrures ?

Absolument pas. Le bailleur qui procède à des voies de fait (coupure d'eau, d'électricité, de gaz, changement des serrures, retrait de la porte d'entrée, menaces) pour forcer le locataire à quitter les lieux commet un délit pénal puni de trois ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende (article 226-4-2 du Code pénal). Seule la procédure judiciaire permet d'obtenir légalement l'expulsion du locataire.

Le bailleur peut-il récupérer sa créance si le locataire est insolvable ?

En cas d'insolvabilité du locataire, le recouvrement effectif de la créance est très difficile. Le bailleur peut obtenir un jugement de condamnation, mais son exécution sera limitée si le locataire ne dispose pas de revenus saisissables ou de patrimoine. Les garanties préalables (GLI, caution solidaire, Visale) prennent ici toute leur importance car elles permettent au bailleur de percevoir une indemnisation même en cas d'insolvabilité du locataire.

Guillaume Leclerc, avocat d'affaires à Paris, 34 Avenue des Champs-Élysées. Pour engager une procédure de recouvrement de loyers impayés ou sécuriser vos contrats de bail, n'hésitez pas à prendre rendez-vous pour une consultation personnalisée.