Commandement de payer pour loyers impayés : procédure, délais, clause résolutoire et recours du locataire. Guide d'avocat pour agir efficacement en 2026.

Le commandement de payer constitue l'acte fondateur de toute procédure de recouvrement de loyers impayés. Qu'il s'agisse d'un bail d'habitation ou d'un bail commercial, cet acte d'huissier de justice (désormais commissaire de justice) conditionne la mise en oeuvre de la clause résolutoire et, à terme, la résiliation du bail et l'expulsion du locataire défaillant. Sa rédaction obéit à des règles strictes dont le non-respect entraîne la nullité, privant le bailleur de son principal levier de recouvrement.
Ce guide vous présente l'ensemble du régime juridique du commandement de payer : définition, conditions de validité, mentions obligatoires, délais, effets juridiques et moyens de contestation, tant en matière de bail d'habitation que de bail commercial.
Le commandement de payer est un acte d'huissier de justice (commissaire de justice depuis le 1er juillet 2022) par lequel le bailleur met formellement en demeure son locataire de régler les loyers, charges et accessoires impayés dans un délai déterminé par la loi. Cet acte se distingue d'une simple mise en demeure par lettre recommandée : il s'agit d'un acte authentique, revêtu de la force exécutoire dans certains cas, et dont la signification fait courir les délais légaux nécessaires à l'activation de la clause résolutoire du bail.
Le commandement de payer remplit une triple fonction. Premièrement, il informe le locataire de manière solennelle de l'existence et du montant précis de sa dette. Deuxièmement, il lui accorde un ultime délai pour régulariser sa situation. Troisièmement, il constitue le préalable obligatoire à la mise en jeu de la clause résolutoire insérée dans la quasi-totalité des baux.
Il convient de distinguer le commandement de payer visant la clause résolutoire du simple commandement de payer aux fins de saisie. Le premier a pour objectif d'obtenir la résiliation automatique du bail en cas de non-paiement dans le délai imparti. Le second vise simplement à recouvrer une créance exigible sans remettre en cause l'existence du bail. Dans la pratique, les bailleurs recourent presque systématiquement au commandement visant la clause résolutoire, qui constitue l'arme la plus efficace face aux impayés locatifs.
Le régime juridique du commandement de payer diffère sensiblement selon que le bail relève du droit commun de l'habitation ou du statut des baux commerciaux. Ces différences portent notamment sur les délais, les mentions obligatoires et les voies de recours ouvertes au locataire.
En matière de bail d'habitation soumis à la loi du 6 juillet 1989, le commandement de payer est régi par l'article 24 de cette loi, profondément remanié par la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 visant à protéger les logements contre l'occupation illicite. Depuis cette réforme, le délai laissé au locataire pour régulariser sa situation est passé de deux mois à six semaines à compter de la signification du commandement.
Ce délai de six semaines court à compter de la date de signification de l'acte par le commissaire de justice. Passé ce délai sans règlement intégral de la dette, la clause résolutoire est réputée acquise et le bailleur peut saisir le juge des contentieux de la protection pour faire constater la résiliation du bail et ordonner l'expulsion.
La loi de 2023 a également renforcé les obligations d'information pesant sur le bailleur. Le commandement de payer doit désormais mentionner expressément la possibilité pour le locataire de saisir le fonds de solidarité pour le logement (FSL) et les coordonnées de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX), qui doit par ailleurs être informée par l'huissier.
En matière de bail commercial, le commandement de payer est régi par l'article L. 145-41 du Code de commerce, dont la rédaction est restée stable : « Toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu'un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai. »
Le délai d'un mois est donc plus court que le délai de six semaines applicable en bail d'habitation. Ce délai court à compter de la signification du commandement et ne peut être ni réduit ni supprimé par une stipulation contractuelle. La mention de ce délai d'un mois dans le commandement est prescrite à peine de nullité, ce qui confère à cette exigence un caractère d'ordre public.
Contrairement au bail d'habitation, le bail commercial ne comporte pas d'obligation légale de notifier le commandement à des organismes sociaux. En revanche, le commandement doit reproduire la clause résolutoire du bail de manière exacte et complète.
| Critère | Bail d'habitation (loi 1989) | Bail commercial (art. L. 145-41 C. com.) |
|---|---|---|
| Délai de régularisation | 6 semaines (depuis loi du 27 juil. 2023) | 1 mois |
| Texte de référence | Art. 24, loi du 6 juillet 1989 | Art. L. 145-41, Code de commerce |
| Notification obligatoire | CCAPEX + FSL + préfet (si APL) | Aucune obligation légale |
| Mention du délai | Obligatoire à peine de nullité | Obligatoire à peine de nullité |
| Clause résolutoire | Acquise après expiration du délai | Acquise après expiration du délai |
| Juridiction compétente | Juge des contentieux de la protection | Tribunal judiciaire (ou juge des référés) |
| Délais de paiement judiciaires | Jusqu'à 3 ans (art. 24 III, loi 1989) | Jusqu'à 2 ans (art. 1343-5 C. civ.) |
La validité du commandement de payer repose sur le respect scrupuleux de mentions obligatoires dont l'omission entraîne la nullité de l'acte. Ces mentions diffèrent partiellement selon le type de bail, mais un socle commun se dégage de la loi et de la jurisprudence.
Quel que soit le type de bail, le commandement de payer doit contenir un décompte précis et détaillé de la dette. La Cour de cassation exige que ce décompte permette au locataire d'identifier clairement la nature et l'étendue de sa créance, poste par poste : loyers, charges, taxes, intérêts de retard, clause pénale le cas échéant (Cass. 3e civ., 3 décembre 2020, n° 19-22.011). Le décompte doit distinguer les différents postes de créance : montant du loyer principal, provisions sur charges, régularisations de charges, taxes récupérables et éventuels intérêts de retard.
Le commandement doit également mentionner le délai de régularisation accordé au locataire, à peine de nullité. Cette exigence est expressément formulée par l'article L. 145-41 du Code de commerce pour les baux commerciaux et découle de l'article 24 de la loi de 1989 pour les baux d'habitation. L'omission de cette mention prive l'acte de toute portée juridique et empêche l'acquisition de la clause résolutoire.
En outre, le commandement doit reproduire intégralement la clause résolutoire stipulée dans le bail. Cette reproduction permet au locataire de prendre connaissance des conditions exactes dans lesquelles son bail sera résilié en cas de non-paiement. Le décompte doit être matériellement annexé à l'acte : la Cour de cassation a précisé que la simple référence à un décompte annexé à un commandement antérieur annulé ne satisfait pas à cette exigence (Cass. 3e civ., 22 juin 2017, n° 15-28.108).
En matière de bail d'habitation, l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989, dans sa rédaction issue de la loi du 27 juillet 2023, impose des mentions supplémentaires destinées à garantir l'information et la protection du locataire. Le commandement doit notamment indiquer au locataire la possibilité de saisir le fonds de solidarité pour le logement (FSL) de son département, en mentionnant l'adresse et les coordonnées de cet organisme. Il doit également informer le locataire de l'existence de la CCAPEX (commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives) et lui préciser qu'il peut bénéficier d'un accompagnement social.
Le commandement doit rappeler au locataire qu'il dispose de la faculté de saisir le juge des contentieux de la protection pour solliciter des délais de paiement pouvant aller jusqu'à trois ans, conformément au III de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989. Le commissaire de justice qui signifie le commandement est par ailleurs tenu de le transmettre à la CCAPEX, qui se trouve ainsi alertée de la situation d'impayé et peut déclencher un accompagnement préventif.
Lorsque le locataire bénéficie d'une aide personnelle au logement (APL), le commandement doit être signalé à la caisse d'allocations familiales (CAF) ou à la mutualité sociale agricole (MSA), afin que l'organisme payeur puisse prendre les mesures appropriées : maintien, suspension ou versement en tiers-payant de l'aide.
En bail commercial, le commandement doit impérativement mentionner le délai d'un mois prévu par l'article L. 145-41 du Code de commerce. L'absence de cette mention entraîne la nullité du commandement, comme l'a rappelé la Cour de cassation à de nombreuses reprises. Le commandement doit également viser expressément la clause résolutoire insérée dans le bail et la reproduire intégralement.
La jurisprudence a précisé que le commandement de payer en bail commercial reste valable à concurrence du montant effectivement dû, même si le décompte inclut des sommes contestées ou erronées (Cass. 3e civ., 7 décembre 2004, n° 03-17.420). Ainsi, si le bailleur réclame 15 000 euros mais que seuls 12 000 euros sont réellement dus, le commandement demeure valide pour ces 12 000 euros, et le locataire doit s'acquitter de cette somme dans le délai imparti pour éviter l'acquisition de la clause résolutoire.
Le commandement peut viser simultanément le paiement du loyer et d'autres manquements contractuels (défaut d'entretien, sous-location non autorisée, etc.), à condition que chaque manquement soit clairement identifié et que le locataire puisse y remédier dans le délai imparti.
Le commandement de payer doit obligatoirement être signifié par un commissaire de justice (anciennement huissier de justice). Aucune autre forme de notification n'est admise : ni la lettre recommandée avec accusé de réception, ni la remise en main propre, ni le courrier électronique ne peuvent se substituer à la signification par acte d'huissier. Cette exigence de forme est d'ordre public et son non-respect entraîne la nullité de l'acte.
Le commissaire de justice dispose de plusieurs modes de signification, hiérarchisés par le Code de procédure civile. La signification à personne constitue le mode privilégié : l'acte est remis directement au locataire, qui en accuse réception. Lorsque le locataire est absent, la signification peut être faite à domicile, l'acte étant alors remis à toute personne présente au domicile. À défaut de personne pouvant recevoir l'acte, le commissaire de justice procède par dépôt à l'étude, en laissant un avis de passage invitant le destinataire à retirer l'acte.
Lorsque le domicile du locataire est inconnu, le commissaire de justice peut recourir à la signification par procès-verbal de recherches infructueuses (article 659 du Code de procédure civile). Ce mode de signification, plus fragile juridiquement, impose au commissaire de justice de justifier des diligences accomplies pour retrouver le destinataire.
Le mode de signification retenu n'affecte pas la validité du commandement, mais il détermine le point de départ du délai de régularisation. En cas de signification à personne, le délai court à compter de la remise de l'acte. En cas de signification à domicile ou à étude, le délai court à compter de la date de l'acte de signification lui-même, et non de la date de retrait éventuel par le locataire.
Le coût du commandement de payer varie selon la complexité de l'acte et le montant de la créance. Il comprend les émoluments du commissaire de justice, fixés par le décret n° 2016-230 du 26 février 2016, auxquels s'ajoutent les frais de déplacement, le droit de timbre et la TVA. En pratique, le coût total d'un commandement de payer se situe généralement entre 150 et 350 euros, charges comprises.
Ces frais sont en principe à la charge du débiteur, c'est-à-dire du locataire défaillant, sauf décision contraire du juge. Ils s'ajoutent au montant de la dette locative et sont récupérables par le bailleur dans le cadre de la procédure de recouvrement. Certains baux commerciaux contiennent une clause mettant expressément les frais de commandement à la charge du preneur, ce qui renforce la récupérabilité de ces frais.
La signification du commandement de payer produit des effets juridiques majeurs, tant pour le bailleur que pour le locataire. Ces effets varient selon que le locataire régularise ou non sa situation dans le délai imparti.
Le premier effet du commandement est de faire courir le délai légal pendant lequel le locataire peut régulariser sa situation en procédant au paiement intégral des sommes réclamées. Ce délai est de six semaines en bail d'habitation et d'un mois en bail commercial. Pendant ce délai, le bailleur ne peut engager aucune procédure judiciaire tendant à la résiliation du bail sur le fondement de la clause résolutoire.
Le paiement doit être intégral pour faire échec à l'acquisition de la clause résolutoire. Un paiement partiel, même substantiel, ne suffit pas à paralyser les effets du commandement. La Cour de cassation a cependant admis que le juge pouvait tenir compte de paiements partiels pour accorder des délais de grâce et suspendre les effets de la clause résolutoire (Cass. 3e civ., 30 mars 2017, n° 16-10.366).
Si le locataire ne régularise pas sa situation dans le délai imparti, la clause résolutoire est réputée acquise. En bail d'habitation, le bailleur doit néanmoins saisir le juge des contentieux de la protection pour faire constater la résiliation du bail. Le juge ne prononce pas la résiliation : il se borne à constater que les conditions d'acquisition de la clause résolutoire sont réunies, ce qui confère à sa décision un caractère déclaratif.
En bail commercial, le bailleur saisit le tribunal judiciaire, généralement en référé, pour faire constater l'acquisition de la clause résolutoire et obtenir l'expulsion du preneur. Le juge des référés est compétent dès lors que l'acquisition de la clause résolutoire ne se heurte à aucune contestation sérieuse. À défaut, l'affaire est renvoyée devant le juge du fond.
Il est essentiel de souligner que l'acquisition de la clause résolutoire n'est pas automatique au sens où elle ne produit ses effets qu'une fois constatée judiciairement. Tant que le juge n'a pas statué, le bail subsiste et le locataire conserve son droit au maintien dans les lieux, sous réserve du paiement d'une indemnité d'occupation.
Le commandement de payer interrompt la prescription de l'action en paiement des loyers. En matière de bail d'habitation, le délai de prescription est de trois ans pour les charges et loyers (article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989). En matière de bail commercial, le délai de prescription de droit commun de cinq ans s'applique (article 2224 du Code civil). La signification du commandement fait courir un nouveau délai de prescription à compter de sa date.
Même après l'expiration du délai de régularisation et l'acquisition théorique de la clause résolutoire, le locataire conserve la possibilité de solliciter des délais de paiement auprès du juge, qui peut alors suspendre les effets de la clause résolutoire.
L'article 24 III de la loi du 6 juillet 1989 autorise le juge des contentieux de la protection à accorder au locataire des délais de paiement pouvant aller jusqu'à trois ans. Pendant la durée de ces délais, les effets de la clause résolutoire sont suspendus. Si le locataire respecte l'échéancier fixé par le juge et s'acquitte intégralement de sa dette, la clause résolutoire est réputée n'avoir jamais produit d'effets et le bail reprend son cours normal.
Le juge apprécie la situation du locataire de manière globale, en tenant compte de ses ressources, de ses charges, de sa bonne foi et de sa capacité réelle à apurer sa dette dans le délai accordé. Le non-respect de l'échéancier entraîne la reprise des effets de la clause résolutoire, sans qu'un nouveau commandement de payer soit nécessaire.
En matière de bail commercial, l'article L. 145-41 alinéa 2 du Code de commerce renvoie aux dispositions de l'article 1343-5 du Code civil, qui autorise le juge à accorder au débiteur des délais de paiement dans la limite de deux ans. Le juge peut suspendre la réalisation et les effets de la clause résolutoire pendant la durée de ces délais.
La jurisprudence exige toutefois que la demande de délais soit formulée avant que la résiliation ne soit constatée ou prononcée par une décision de justice ayant acquis l'autorité de la chose jugée. Une fois la résiliation définitivement acquise, le locataire ne peut plus solliciter de délais sur le fondement de l'article L. 145-41.
| Étape de la procédure | Bail d'habitation | Bail commercial |
|---|---|---|
| Signification du commandement | Jour J | Jour J |
| Expiration du délai | J + 6 semaines | J + 1 mois |
| Assignation en justice | À partir de J + 6 semaines | À partir de J + 1 mois |
| Audience | 2 à 6 mois après assignation | 1 à 4 mois (référé) / 6 à 18 mois (fond) |
| Jugement | Constate la résiliation | Constate la résiliation |
| Commandement de quitter les lieux | Délai de 2 mois | Délai de 1 mois (en pratique) |
| Délais de paiement maximum | 3 ans | 2 ans |
| Durée totale estimée | 6 à 24 mois | 3 à 18 mois |
Le locataire qui reçoit un commandement de payer dispose de plusieurs moyens de contestation, qu'il peut faire valoir devant le juge compétent. Ces moyens portent sur la forme de l'acte, sur le fond de la créance ou sur les circonstances entourant la défaillance.
Le commandement de payer est nul lorsqu'il ne respecte pas les conditions de forme prescrites par la loi. Les principales causes de nullité formelle sont l'absence de mention du délai de régularisation (un mois en bail commercial, six semaines en bail d'habitation), l'absence de décompte détaillé de la dette ou son caractère insuffisamment précis, le défaut de reproduction de la clause résolutoire du bail, l'absence de mention des voies de recours et des organismes d'aide (en bail d'habitation), et le vice de signification (absence de commissaire de justice, erreur sur l'identité du destinataire).
La nullité du commandement prive le bailleur du bénéfice de la clause résolutoire et l'oblige à recommencer la procédure depuis le début, en signifiant un nouveau commandement conforme. Cette nullité peut être soulevée par le locataire à tout stade de la procédure, y compris devant le juge des référés (Cass. 3e civ., 30 mars 2017, n° 16-10.366).
Le locataire peut contester le montant de la créance réclamée par le bailleur. Cette contestation peut porter sur le montant du loyer lui-même (en cas de révision contestée), sur les charges locatives (régularisations abusives, charges non récupérables), sur les pénalités de retard (clause pénale manifestement excessive) ou sur la prescription de certaines créances.
Le locataire peut également invoquer l'exception d'inexécution lorsque le bailleur manque à ses propres obligations, notamment son obligation de délivrance d'un logement décent (bail d'habitation) ou conforme à sa destination contractuelle (bail commercial). La Cour de cassation a admis que le locataire d'un local commercial pouvait cesser de payer ses loyers lorsque le bailleur ne respectait pas son obligation de délivrance (Cass. 3e civ., 28 juin 2011, n° 10-16.854), mais cette exception doit être invoquée avec prudence car elle est appréciée strictement par les juridictions.
En bail commercial, le locataire peut opposer la compensation entre les loyers impayés et une créance qu'il détient lui-même contre le bailleur, par exemple au titre de travaux qu'il a effectués à la place du bailleur ou d'une indemnité d'éviction.
La jurisprudence sanctionne le bailleur qui délivre un commandement de payer de mauvaise foi, c'est-à-dire dans le seul but de résilier le bail alors que le locataire a toujours été de bonne foi et que la dette est minime. Les juges disposent d'un pouvoir d'appréciation qui leur permet de refuser de constater l'acquisition de la clause résolutoire lorsque le commandement a été délivré dans des conditions abusives.
Ce pouvoir d'appréciation est toutefois limité en matière de clause résolutoire : le juge ne peut pas, en principe, refuser de constater son acquisition au motif qu'elle serait disproportionnée. Son seul levier est l'octroi de délais de paiement permettant de suspendre les effets de la clause.
Lorsque le locataire fait l'objet d'une procédure collective (sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire), le régime du commandement de payer est profondément modifié. En vertu de l'article L. 622-21 du Code de commerce, l'ouverture d'une procédure collective interrompt ou interdit toute action en paiement contre le débiteur pour des créances antérieures au jugement d'ouverture. Le bailleur ne peut donc pas signifier un commandement de payer pour des loyers impayés antérieurs à l'ouverture de la procédure.
En revanche, les loyers échus après le jugement d'ouverture constituent des créances postérieures bénéficiant du privilège de l'article L. 622-17 du Code de commerce. Le bailleur peut alors signifier un commandement de payer pour ces seuls loyers postérieurs. En liquidation judiciaire, si le liquidateur n'a pas opté pour la continuation du bail dans les délais légaux, le bailleur peut demander la résiliation du bail.
Le bail professionnel, régi par l'article 57 A de la loi du 23 décembre 1986, ne bénéficie pas du statut protecteur des baux commerciaux. Le commandement de payer obéit dans ce cas aux règles du droit commun des obligations. La clause résolutoire insérée dans un bail professionnel produit ses effets selon les modalités prévues contractuellement, sans que le délai d'un mois de l'article L. 145-41 du Code de commerce ne s'applique.
En l'absence de disposition légale spécifique, il est recommandé de stipuler dans le bail professionnel un délai de régularisation d'au moins un mois et de prévoir les mentions obligatoires du commandement par référence aux exigences jurisprudentielles applicables en matière de baux commerciaux.
En cas de colocation, le commandement de payer doit être signifié à chaque colocataire individuellement. Lorsque le bail contient une clause de solidarité, le bailleur peut néanmoins réclamer l'intégralité de la dette à chacun des colocataires. Le commandement doit alors préciser le montant total dû et mentionner l'existence de la clause de solidarité.
Si un colocataire a quitté les lieux sans avoir été régulièrement déchargé de ses obligations, il demeure tenu solidairement du paiement des loyers pendant une durée de six mois à compter de son départ (article 8-1 de la loi du 6 juillet 1989). Le commandement peut donc lui être signifié pendant cette période.
La crise sanitaire liée au Covid-19 a donné lieu à des mesures exceptionnelles en matière de commandements de payer. L'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 a neutralisé les effets des clauses résolutoires et des commandements de payer pendant la période juridiquement protégée (du 12 mars au 23 juin 2020 inclus). Les commandements de payer signifiés pendant cette période n'ont pu produire leurs effets qu'à l'expiration d'un délai d'un mois suivant la fin de la période protégée.
Pour les baux commerciaux, l'article 14 de la loi n° 2020-1379 du 14 novembre 2020 a interdit aux bailleurs de se prévaloir de la clause résolutoire pour des loyers dus pendant la période correspondant aux fermetures administratives, à condition que le locataire en ait fait la demande.
La rédaction et la signification du commandement de payer constituent une étape cruciale qui conditionne l'ensemble de la procédure de recouvrement. Plusieurs précautions permettent au bailleur de sécuriser son action.
Le bailleur doit en premier lieu s'assurer de la réalité et de l'exigibilité de sa créance avant de faire signifier le commandement. Un audit préalable du compte locatif est indispensable pour vérifier l'imputation correcte des paiements, l'exactitude des régularisations de charges et l'absence de prescription. Un décompte erroné n'entraîne pas nécessairement la nullité du commandement, mais il affaiblit la position du bailleur et peut retarder la procédure.
Le bailleur doit ensuite confier la rédaction du commandement à un commissaire de justice expérimenté en droit locatif, qui connaît les mentions obligatoires spécifiques au type de bail concerné. L'intervention d'un avocat en amont est vivement recommandée pour vérifier la conformité de l'acte et anticiper les éventuels moyens de contestation du locataire.
Il est également recommandé de tenter une résolution amiable avant de recourir au commandement de payer. L'envoi préalable d'une lettre de relance puis d'une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception démontre la bonne foi du bailleur et peut faciliter l'obtention d'une décision favorable du juge. Cette démarche est d'autant plus importante que certains locataires régularisent leur situation dès réception d'un courrier formel, évitant ainsi les frais d'une procédure contentieuse.
Enfin, le bailleur doit respecter scrupuleusement les obligations de notification imposées par la loi, notamment en bail d'habitation (signalement à la CCAPEX, mention du FSL). L'omission de ces formalités, même si elle n'entraîne pas toujours la nullité du commandement, peut être sanctionnée par le juge lors de l'examen de la demande de constat de la résiliation.
Le locataire qui reçoit un commandement de payer doit réagir rapidement et méthodiquement. La première démarche consiste à vérifier soigneusement le décompte annexé au commandement en le comparant avec ses propres relevés de paiement, quittances de loyer et avis d'échéance. Toute erreur dans le décompte constitue un moyen de contestation potentiel.
Si le locataire reconnaît la dette et dispose des moyens de la régler, le paiement intégral dans le délai imparti constitue la solution la plus simple et la plus sûre. Le paiement doit porter sur l'intégralité des sommes réclamées, y compris les frais du commandement. Il est recommandé de procéder par virement bancaire pour conserver une preuve de paiement horodatée.
Si le locataire ne peut pas régler l'intégralité de la dette, il doit immédiatement consulter un avocat et envisager de saisir le juge pour obtenir des délais de paiement. En bail d'habitation, le locataire peut également solliciter l'aide du FSL ou de la CCAPEX. L'essentiel est de démontrer sa bonne foi en proposant un échéancier réaliste et en procédant à des paiements partiels dès que possible.
Le locataire doit être particulièrement vigilant sur les délais : passé le délai légal de régularisation, la clause résolutoire est réputée acquise et seul le juge peut encore suspendre ses effets en accordant des délais de grâce. Il est donc impératif d'agir sans attendre l'expiration du délai.
La mise en demeure est un courrier (généralement recommandé avec accusé de réception) par lequel le créancier demande au débiteur de s'exécuter. Le commandement de payer est un acte d'huissier (commissaire de justice) qui constitue le préalable obligatoire à l'activation de la clause résolutoire du bail. Seul le commandement de payer, en tant qu'acte authentique signifié par un officier ministériel, fait courir les délais légaux de résiliation et interrompt la prescription. La mise en demeure est souvent une étape préalable recommandée mais non obligatoire.
Oui, le commandement de payer peut être annulé par le juge pour vice de forme (absence de mention du délai légal, défaut de décompte détaillé, absence de reproduction de la clause résolutoire, vice de signification) ou pour vice de fond (créance inexistante, prescrite ou non exigible). L'annulation du commandement prive le bailleur du bénéfice de la clause résolutoire et l'oblige à recommencer la procédure.
Un paiement partiel ne suffit pas à empêcher l'acquisition de la clause résolutoire. Le locataire doit régler l'intégralité de la dette mentionnée dans le commandement (ou le montant effectivement dû en cas de contestation partielle). Toutefois, un paiement partiel démontre la bonne foi du locataire et peut inciter le juge à accorder des délais de paiement et à suspendre les effets de la clause résolutoire.
Le commandement de payer n'a pas de durée de validité légalement définie. Toutefois, la jurisprudence considère qu'un commandement de payer perd sa pertinence si le bailleur tarde excessivement à engager l'action en justice. En pratique, il est recommandé d'assigner le locataire dans un délai raisonnable après l'expiration du délai de régularisation, idéalement dans les deux à trois mois. Un commandement trop ancien pourrait être considéré comme caduc ou comme révélant l'absence de volonté réelle du bailleur de mettre fin au bail.
Le coût d'un commandement de payer se situe généralement entre 150 et 350 euros, incluant les émoluments du commissaire de justice, les frais de déplacement, le droit de timbre et la TVA. Ces frais sont récupérables auprès du locataire défaillant et s'ajoutent au montant de la dette locative.
Oui, la signification d'un commandement de payer est possible à tout moment de l'année, y compris pendant la trêve hivernale (du 1er novembre au 31 mars). La trêve hivernale interdit uniquement l'exécution des mesures d'expulsion, mais ne suspend ni les commandements de payer, ni les procédures judiciaires tendant à la résiliation du bail.
En l'absence de clause résolutoire dans le bail, le commandement de payer n'est pas un préalable obligatoire à l'action en résiliation judiciaire. Le bailleur peut directement assigner le locataire en résiliation du bail pour manquement à son obligation de paiement, sur le fondement de l'article 1224 du Code civil. Toutefois, la signification d'un commandement de payer reste recommandée car elle met le locataire en demeure de manière solennelle et interrompt la prescription.
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Pour toute question sur le commandement de payer ou pour engager une procédure de recouvrement de loyers impayés, n'hésitez pas à nous contacter. Consultez également nos articles sur le recouvrement de loyers impayés en bail d'habitation et le recouvrement de loyers impayés en bail commercial pour un éclairage complémentaire.