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25/3/26

Loyers impayés en bail commercial : procédure complète de recouvrement

Loyers impayés en bail commercial : découvrez la procédure complète de recouvrement, du commandement de payer à la clause résolutoire. Délais, recours et conseils d'avocat.

Le non-paiement des loyers dans le cadre d'un bail commercial est une situation fréquente qui peut avoir des conséquences désastreuses tant pour le bailleur que pour le locataire commerçant. À la différence du bail d'habitation, le bail commercial obéit à un régime juridique spécifique, régi par les articles L. 145-1 et suivants du Code de commerce, qui encadre strictement les conditions de résiliation du bail pour impayés de loyers. La procédure est différente, les délais sont plus courts, mais les enjeux sont considérables : le locataire risque de perdre son droit au bail et son fonds de commerce.

En tant qu'avocat d'affaires, j'interviens régulièrement dans des litiges opposant bailleurs et preneurs commerciaux sur la question des loyers impayés. La maîtrise de la procédure est essentielle pour le bailleur qui souhaite recouvrer sa créance tout en préservant ses droits, comme pour le locataire qui cherche à éviter la perte de son bail. Ce guide complet vous présente l'ensemble du dispositif applicable, du commandement de payer jusqu'à la résiliation du bail et l'expulsion.

Le commandement de payer en matière de bail commercial

Le fondement : l'article L. 145-41 du Code de commerce

L'article L. 145-41 du Code de commerce est la disposition centrale en matière de loyers impayés dans les baux commerciaux. Il prévoit que toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu'un mois après un commandement demeuré infructueux. Ce commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai d'un mois. À défaut, le commandement est nul et la procédure doit être recommencée.

Le délai d'un mois en bail commercial est donc sensiblement plus court que le délai de six semaines applicable en matière de bail d'habitation. Cette différence s'explique par la nature professionnelle de la relation : le preneur à bail commercial est un professionnel dont on attend qu'il gère ses obligations financières avec rigueur. Toutefois, le juge conserve un pouvoir important de suspension des effets de la clause résolutoire, comme nous le verrons ci-après.

Les mentions obligatoires du commandement de payer

Le commandement de payer visant la clause résolutoire d'un bail commercial doit comporter un certain nombre de mentions, sous peine de nullité. Il doit reproduire la clause résolutoire du bail dans son intégralité, mentionner le délai d'un mois prévu par l'article L. 145-41, détailler les sommes réclamées (loyers, charges, taxes, accessoires) avec précision (périodes concernées, montants), et être délivré par un commissaire de justice (anciennement huissier de justice).

La rédaction du commandement doit être particulièrement soignée. Une erreur dans le décompte des sommes dues, l'omission de la mention du délai d'un mois, ou l'absence de reproduction de la clause résolutoire entraînent la nullité du commandement, ce qui oblige le bailleur à recommencer la procédure depuis le début. Il est donc essentiel de confier la rédaction du commandement à un professionnel du droit qui vérifiera la régularité de l'acte.

Le délai d'un mois : point de départ et effets

Le délai d'un mois commence à courir à compter de la signification du commandement au preneur. À l'expiration de ce délai, si le locataire n'a pas intégralement réglé les sommes réclamées (principal, intérêts, frais de commandement), la clause résolutoire est acquise de plein droit. Le bail est résilié automatiquement, sans qu'il soit nécessaire d'obtenir un jugement de résiliation. Toutefois, en pratique, le bailleur devra toujours saisir le tribunal pour faire constater la résiliation et obtenir un titre exécutoire permettant l'expulsion du locataire.

Pendant le délai d'un mois, le locataire peut régulariser sa situation en payant intégralement les sommes dues. Un paiement partiel ne suffit pas à empêcher l'acquisition de la clause résolutoire. Le locataire doit régler la totalité du principal, des intérêts éventuels et des frais de commandement. Si le commandement porte sur des sommes contestées par le locataire (charges non justifiées, indexation contestée), celui-ci peut consigner les sommes contestées et ne régler que les sommes non contestées, tout en saisissant le juge pour trancher la contestation.

CritèreBail commercialBail d'habitation
Délai du commandement1 mois (art. L. 145-41 C. com.)6 semaines (art. 24 loi 1989)
Notification au préfetNon requiseObligatoire
Délais de paiementJusqu'à 2 ans (art. 1343-5 C. civ.)Jusqu'à 3 ans (art. 24 loi 1989)
Trêve hivernaleNon applicable (locaux commerciaux)Applicable (1er nov. - 31 mars)
Enjeu pour le locatairePerte du droit au bail + fonds de commercePerte du logement
Juridiction compétenteTribunal judiciaireJuge des contentieux de la protection

La procédure judiciaire en bail commercial

L'assignation en référé ou au fond

Après l'expiration du délai d'un mois sans paiement intégral, le bailleur dispose de deux voies procédurales pour faire valoir ses droits. La voie la plus rapide est l'assignation en référé devant le président du tribunal judiciaire, qui permet d'obtenir en quelques semaines une ordonnance constatant l'acquisition de la clause résolutoire, ordonnant l'expulsion et condamnant le locataire au paiement d'une provision sur les loyers impayés. Le juge des référés ne peut statuer que s'il n'existe pas de contestation sérieuse ; dans le cas contraire, il renvoie les parties devant le juge du fond.

La voie du fond (assignation devant le tribunal judiciaire) est plus longue mais permet de trancher l'ensemble des litiges entre les parties : contestation du montant des loyers, imputation des charges, demande reconventionnelle du locataire (travaux non réalisés par le bailleur, trouble de jouissance), etc. En pratique, le référé est privilégié lorsque les impayés ne sont pas contestés et que le bailleur souhaite obtenir rapidement la résiliation du bail.

Les délais de paiement accordés par le juge

L'article L. 145-41 du Code de commerce prévoit expressément que les juges peuvent, en accordant des délais de paiement, suspendre la réalisation et les effets de la clause résolutoire. Cette suspension est possible tant que la résiliation n'a pas été constatée ou prononcée par une décision de justice ayant acquis l'autorité de la chose jugée. Si le locataire se libère dans les conditions fixées par le juge, la clause résolutoire est réputée n'avoir jamais joué.

Les délais de paiement sont accordés sur le fondement de l'article 1343-5 du Code civil, qui permet au juge de reporter ou d'échelonner le paiement des sommes dues dans la limite de deux ans. Le juge tient compte de la situation du débiteur (difficultés financières temporaires, perspective de redressement, bonne foi) et des besoins du créancier. En matière de bail commercial, le juge est généralement attentif à la viabilité économique de l'activité du locataire : si l'entreprise est en difficulté structurelle et que le paiement des loyers courants n'est pas assuré, les délais seront rarement accordés.

Le locataire qui sollicite des délais de paiement doit les demander avant que la résiliation ne soit constatée par une décision définitive. Une fois le jugement de résiliation passé en force de chose jugée, le juge ne peut plus suspendre les effets de la clause résolutoire. Le locataire a donc tout intérêt à constituer avocat et à formuler sa demande de délais dès l'assignation.

L'intervention de la procédure collective

Lorsque le locataire fait l'objet d'une procédure collective (sauvegarde, redressement judiciaire, liquidation judiciaire), le régime des loyers impayés est profondément modifié. L'ouverture d'une procédure collective entraîne l'arrêt des poursuites individuelles : le bailleur ne peut plus agir seul pour obtenir la résiliation du bail pour les impayés antérieurs au jugement d'ouverture. Les loyers impayés antérieurs constituent une créance qui doit être déclarée au passif de la procédure.

En revanche, les loyers postérieurs au jugement d'ouverture doivent être payés à leur échéance. Le non-paiement des loyers postérieurs peut justifier la résiliation du bail, sur demande de l'administrateur judiciaire ou du liquidateur. Le tribunal peut également prononcer la résiliation du bail si l'administrateur ne se prononce pas sur la continuation du bail dans le délai imparti. Cette question est cruciale car le droit au bail est souvent l'un des actifs les plus précieux de l'entreprise en difficulté.

Les conséquences de la résiliation du bail commercial

La perte du droit au bail

La résiliation du bail commercial pour impayés entraîne la perte du droit au bail, c'est-à-dire le droit au renouvellement du bail et, corrélativement, le droit à l'indemnité d'éviction. Cette perte peut représenter un préjudice considérable pour le locataire, car le droit au bail a une valeur patrimoniale significative, parfois équivalente à plusieurs années de loyer. Dans les emplacements commerciaux prisés (centres-villes, centres commerciaux), la valeur du droit au bail peut atteindre des montants très élevés.

Le locataire dont le bail est résilié pour impayés perd également le bénéfice de la propriété commerciale, c'est-à-dire l'ensemble des droits attachés à l'exploitation du fonds de commerce dans les locaux. Si le locataire ne peut pas se reloger dans des locaux équivalents, il peut être contraint de cesser son activité, avec les conséquences sociales qui en découlent (licenciement des salariés, perte des investissements).

L'indemnité d'occupation

À compter de la résiliation du bail, le locataire qui se maintient dans les lieux est redevable d'une indemnité d'occupation. Cette indemnité est généralement fixée à un montant égal au loyer contractuel majoré d'une pénalité (souvent prévue par le bail, typiquement 10 % à 20 % du loyer). À défaut de stipulation contractuelle, le juge fixe l'indemnité d'occupation en fonction de la valeur locative des lieux et des conditions du marché.

Le recouvrement de la créance locative

Le jugement de résiliation condamne le locataire au paiement des sommes dues (arriérés de loyers, charges, intérêts, frais de procédure). Le bailleur dispose d'un titre exécutoire lui permettant de procéder au recouvrement forcé par toutes voies de droit : saisie sur les comptes bancaires du locataire, saisie-vente du matériel et du mobilier commercial, saisie des créances du locataire auprès de ses propres débiteurs. Si le locataire est une société, le bailleur peut également envisager une action en responsabilité contre le dirigeant si celui-ci a commis des fautes de gestion ayant contribué à l'insuffisance d'actif.

Les moyens de défense du locataire

La contestation du décompte

Le locataire peut contester le montant des sommes réclamées par le bailleur. Cette contestation porte fréquemment sur la régularisation des charges (le bailleur doit justifier les charges réclamées par des pièces comptables), l'indexation du loyer (erreur dans l'application de la clause d'indexation, contestation de l'indice retenu), ou la TVA (le loyer commercial est soumis à la TVA lorsque le bailleur a opté pour l'assujettissement). Si le locataire démontre que le montant réclamé est erroné, le commandement de payer peut être annulé pour défaut de sincérité.

L'exception d'inexécution

Le locataire peut invoquer l'exception d'inexécution pour justifier le non-paiement de tout ou partie du loyer. Ce moyen de défense suppose que le bailleur a manqué à ses propres obligations, par exemple en ne réalisant pas des travaux de mise en conformité, en ne délivrant pas un local conforme à la destination prévue au bail, ou en ne garantissant pas une jouissance paisible des lieux. L'exception d'inexécution doit être proportionnée au manquement du bailleur et ne peut pas justifier un non-paiement total si le manquement est mineur.

La demande de délais de paiement

Le locataire peut demander au juge des délais de paiement pouvant aller jusqu'à deux ans. Pour convaincre le juge, le locataire doit démontrer que ses difficultés sont temporaires, qu'il a la capacité de payer les loyers courants en plus de l'échéancier de remboursement, et qu'il a fait preuve de bonne foi (tentatives de négociation avec le bailleur, paiements partiels, recherche de solutions de financement). Le juge peut subordonner l'octroi des délais à des conditions (paiement d'une provision, garantie supplémentaire).

Cas particuliers et situations spécifiques

Le bail commercial et la crise sanitaire

La crise du Covid-19 a posé la question inédite de l'obligation de paiement des loyers pendant les périodes de fermeture administrative imposée aux commerces. La Cour de cassation a jugé, dans un arrêt du 30 juin 2022, que la fermeture administrative ne constitue pas en soi un cas de force majeure dispensant le locataire de son obligation de paiement. Toutefois, les juges du fond ont parfois accordé des délais de paiement étendus ou réduit le montant des loyers dus pendant les périodes de fermeture, sur le fondement de la bonne foi contractuelle ou de l'imprévision.

Le bail professionnel et les locaux mixtes

Il ne faut pas confondre le bail commercial (articles L. 145-1 et suivants du Code de commerce) avec le bail professionnel (article 57 A de la loi du 23 décembre 1986), qui s'applique aux activités non commerciales (professions libérales, associations). Le bail professionnel obéit à un régime simplifié, avec une durée minimale de six ans et des conditions de résiliation différentes. Pour les locaux mixtes (habitation et activité professionnelle), le régime applicable dépend de l'usage principal des locaux.

La clause pénale et les intérêts de retard

La plupart des baux commerciaux comportent une clause pénale qui prévoit le versement d'une indemnité forfaitaire en cas de retard de paiement (typiquement 10 % des sommes dues) et des intérêts de retard à un taux majoré. Le juge conserve le pouvoir de modérer la clause pénale s'il l'estime manifestement excessive (article 1231-5 du Code civil). En pratique, les clauses prévoyant des pénalités supérieures à 15 % ou des taux d'intérêt supérieurs à trois fois le taux légal sont fréquemment réduites par les tribunaux.

FAQ : loyers impayés en bail commercial

Quel est le délai du commandement de payer en bail commercial ?

Le délai est d'un mois à compter de la signification du commandement de payer, conformément à l'article L. 145-41 du Code de commerce. Ce délai doit être impérativement mentionné dans le commandement, sous peine de nullité. Il est plus court que le délai de six semaines applicable en bail d'habitation.

Le juge peut-il accorder des délais de paiement en bail commercial ?

Oui. Le juge peut accorder des délais de paiement pouvant aller jusqu'à deux ans (article 1343-5 du Code civil) et suspendre les effets de la clause résolutoire pendant cette période. Si le locataire respecte l'échéancier fixé par le juge, la clause résolutoire est réputée n'avoir jamais joué et le bail reprend son cours normal.

La trêve hivernale s'applique-t-elle au bail commercial ?

En principe, non. La trêve hivernale prévue par l'article L. 412-6 du Code des procédures civiles d'exécution s'applique aux « lieux habités » et aux « locaux à usage professionnel ». Les locaux à usage exclusivement commercial ne sont pas des « lieux habités ». Toutefois, si le bail porte sur des locaux mixtes (habitation et commerce) ou si le locataire habite effectivement dans les locaux commerciaux, la trêve hivernale peut trouver à s'appliquer.

Que se passe-t-il si le locataire est en procédure collective ?

L'ouverture d'une procédure collective (sauvegarde, redressement, liquidation) entraîne l'arrêt des poursuites individuelles. Le bailleur ne peut plus agir seul pour la résiliation du bail. Les loyers impayés antérieurs doivent être déclarés au passif. Les loyers postérieurs doivent être payés à échéance, sous peine de résiliation. L'administrateur dispose d'un délai pour se prononcer sur la continuation du bail.

Le bailleur peut-il résilier le bail sans clause résolutoire ?

Oui, mais la procédure est plus longue. En l'absence de clause résolutoire, le bailleur doit saisir le tribunal judiciaire pour obtenir la résiliation judiciaire du bail sur le fondement de l'article 1224 du Code civil. Le juge apprécie souverainement si les manquements du locataire (impayés de loyers) sont suffisamment graves pour justifier la résiliation. Cette procédure est plus aléatoire que la mise en œuvre de la clause résolutoire car le juge dispose d'un pouvoir d'appréciation plus large.

Le garant du bail commercial est-il tenu de payer les loyers impayés ?

Oui, si le bail commercial comporte un cautionnement. Depuis la loi Pinel du 18 juin 2014, lorsque le bail est cédé, le bailleur doit informer le cédant garant de tout défaut de paiement du cessionnaire dans le délai d'un mois à compter de la date à laquelle la somme aurait dû être acquittée (article L. 145-16-1 du Code de commerce). À défaut de cette information, la caution est déchargée des pénalités et intérêts de retard.

Comment prévenir les impayés en bail commercial ?

Plusieurs mesures préventives permettent de limiter le risque d'impayés : exiger un dépôt de garantie suffisant (un à deux trimestres de loyer), obtenir un cautionnement solidaire du dirigeant ou d'un tiers, souscrire une garantie des loyers impayés adaptée aux baux commerciaux, vérifier la solvabilité du locataire avant la conclusion du bail (bilans comptables, extrait Kbis, attestations bancaires), et prévoir des clauses contractuelles protectrices (clause résolutoire, clause pénale, indexation automatique).

Guillaume Leclerc, avocat d'affaires à Paris, 34 Avenue des Champs-Élysées. Pour engager une procédure de recouvrement de loyers impayés en bail commercial ou pour négocier un échéancier avec votre bailleur, n'hésitez pas à prendre rendez-vous pour une consultation personnalisée.